France Télécom : comment Stéphane Richard est parvenu à calmer ses troupes

DECRYPTAGE : Deux ans après avoir affronté l'une des plus grosses crises sociales de son histoire, France Télécom s'apprête à renouveler ses représentants du personnel. Dans le calme. Depuis l'arrivée de son nouveau P-DG, le climat social a changé du tout au tout.

Le 22 novembre, les salariés de France Télécom éliront leurs représentants du personnel. Une élection importante, d'abord par son ampleur, - entre personnel de droit privé et fonctionnaires, elle mobilisera près de 100.000 votants - mais aussi parce qu’après la vague de suicides de 2009, elle est une occasion de sonder le climat social chez l’opérateur historique.

Les dernières élections remontent à novembre 2009, soit au plus fort de la crise. Sur l’ensemble des collèges, la CGT représentait 26%, Sud 23%, la CFDT 22%.

"Cela va nettement mieux" dit la CFDT

Après sa série noire, France Télécom a effectivement retrouvé l’apaisement. C’est ce que notent la plupart des syndicats, mais aussi la direction. Le départ de Didier Lombard, puis l’arrivée de Stéphane Richard début 2010 ont permis au géant des télécoms de retrouver de la sérénité. "Cela va nettement mieux", reconnait Laurent Riche, élu CFDT, syndicat qui vient de publier une étude sur "la qualité de Vie au Travail" chez Orange-France Télecom.


Laurent Riche, élu CFDT

Deux ans après, les mesures drastiques prises par Stéphane Richard, dans le cadre d’un nouveau "contrat social" ont fait effet. Parmi elles, l’arrêt de fermetures de sites. Ainsi, quand ils ne perdaient pas leur job, les salariés étaient affectés dans d’autres territoires, soit une source importante de stress. Outre la mobilité géographique, la mobilité fonctionnelle a aussi été stoppée net. Là encore, plus question d’apprendre du jour au lendemain une affectation sur un autre métier, comme ce fut le cas pour de nombreux techniciens transformés contre leur gré en commerciaux.

Plus de suppressions de postes

Surtout, dès son arrivée, Stéphane Richard a rassuré les troupes en cessant les suppressions de postes. Alors que sous l’ère Lombard, l’entreprise s’était délestée de 30000 postes en 5 ans, il s’est engagé à recruter. L’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde tablait sur 10 000 postes supplémentaires en 2010. Dans cette entreprise où la moitié du personnel a plus de 50 ans, un plan senior avec des départs en retraite aménagés (temps partiel senior) a été adopté. Son objectif ? Permettre une meilleure transition avec l’arrivée des nouvelles recrues.

Seul hic, avec la réforme des retraites de 2010, les départs ont été repoussés et les entrées un peu décalées. Enfin, les équipes des ressources humaines ont été changées, le dialogue social restauré – le PDG prend le temps de recevoir lui-même les syndicats- un baromètre social installé. Une cellule de médiation permet aussi de réagir vite en cas de fragilité extrême d’un salarié.

Il reste quelques cicatrices

Il n’empêche, il reste encore quelques zones de tensions. Toutes les plaies ont du mal à cicatriser. Après des années de culture managériale abimée, pas facile de retrouver de bonnes pratiques. D’après l’enquête de la CFDT de très gros progrès restent à faire notamment sur la reconnaissance des salariés qui, placent parmi leurs premières aspirations, la nécessité d’être mieux considérés. "Quand pendant des années, vous avez expliqués aux gens qu’ils ne servent à rien, c’est difficile de restaurer rapidement l’estime de soi" note encore Laurent Riche, de la CFDT. Toujours selon l’enquête, "la stratégie de l’entreprise est mal connue voire incomprise".

Fanny Guinochet

Source : Challenges